Des jeunes, acteurs de leur avenir

Multiculturalité et cohésion : à Lyon, on parle de soi pour être compris des autres

Fin janvier, le centre EPIDE de Lyon-Meyzieu a dû faire face à une vraie problématique relationnelle au sein d’une nouvelle section de volontaires. Des jeunes, aux origines très diverses, qui ne se comprennent pas. Difficile dans ces conditions de développer la cohésion du groupe, essentielle à la réussite du parcours EPIDE.

Comment faire face aux problèmes relationnels entre les jeunes volontaires d’une même section ? C’est la question à laquelle ont tenté de répondre les agents du centre EPIDE de Lyon-Meyzieu auprès d’une section de jeunes ayant intégré le centre fin janvier 2019.

Cette section, c’est la section « Anne Franck », composée de volontaires tous très différents. Des différences qui génèrent des difficultés en termes de cohésion et qui, ce faisant, impactent directement le parcours des jeunes et leurs chances de réussir leur insertion sociale et professionnelle. « L’objectif d’insertion professionnelle passait au second plan dans leur quotidien. Cela n’augurait rien de bon pour la suite de leur parcours » se souvient Chloé Teran, conseillère en insertion professionnelle, à l’origine du projet.

Une véritable incompréhension entre les jeunes

En cause, la difficulté de ces jeunes à dépasser leurs différences culturelles pour trouver ce qui les rassemble. « Cette section était composée de jeunes d’origines diverses, Italie, Tunisie, Algérie, Congo, de la métropole, ou encore des DOM/TOM » détaille Chloé Teran. « Il y avait une véritable incompréhension des cultures de chacun et des systèmes de valeurs associés » poursuit-elle. Les conséquences sont immédiates. Elles se traduisent par « des violences verbales, de la jalousie, des situations de délation, ou des comportements infantiles » liste la conseillère en insertion professionnelle.

Afin d’y remédier, Chloé Teran propose de mettre en place, avec sa collègue formatrice d’enseignement général, Marie-Line Defoulounoux, un système d’exposés que les volontaires de la section devaient réaliser sur leurs  trajectoires de vie. Objectif, « leur faire comprendre que dans leurs différences, ils avaient des points communs : la volonté de s’en sortir pour dépasser leurs difficultés, notamment » explique l’initiatrice du projet.

Ce projet apparaît comme la solution évidente pour les deux agents du centre : « En seulement quinze jours de parcours et vu le mal que se faisaient les volontaires entre eux, le problème devenait urgent. Connaissant leurs parcours de vie, aucun d’entre eux n’avait besoin de subir toute cette violence. Il fallait qu’ils le comprennent » confirme Chloé Teran.

S’il revêtait ici un enjeu immédiat de résolution des conflits entre les volontaires, cet exercice s’inscrivait pleinement dans le parcours citoyen de l’EPIDE, qui vise notamment à ce que l’ensemble des volontaires prennent conscience et acceptent les différences, et promeuvent la tolérance religieuse et la laïcité.

Raconter son histoire pour être compris par le groupe

Très concrètement, les volontaires pouvaient raconter leur propre histoire ou la mettre en perspective en réalisant un exposé sur le type de difficultés qu’ils ont rencontré dans leur vie. Au fil de ces interventions, il s’agissait pour les professionnelles du centre de permettre au groupe de comprendre leur comportement, leur caractère, leur défiance, leur discrétion, ou encore les raisons de leur agressivité. « Contre toute attente, l’idée a été bien accueillie par les volontaires qui ont adhéré, comme une mise en valeur, une reconnaissance de leur parcours, de leur vécu, de ce qu’ils sont » explique-t-elle.

Après deux séances de préparation, deux séances de restitution collective sont mises en place. Les agents laissent la possibilité aux jeunes de se mettre de face ou de dos par rapport au groupe, ou encore d’être assis ou debout. Pourtant, tous les jeunes, sans exception, font le choix de se tenir debout face au groupe. La fin de chaque restitution laisse la place à un questionnement positif de la part du groupe, sans jugement ou remarque déplacée.

Une séquence chargée, à chaque fois, de bienveillance, d’empathie et de compréhension : « Des jeunes étaient parfois étonnés, d’autres surpris. Mais tous ont applaudi spontanément à la fin, face au courage de leurs camarades pour livrer certaines informations » détaille la conseillère en insertion professionnelle.

Cette séquence, et l’accompagnement bienveillant des agents du centre, ont permis d’établir une relation plus amicale et plus sereine au sein du groupe. « Beaucoup d’émotion et de respect ont commencé à s’installer. Nous savions que nous avions gagné notre challenge pour créer une cohésion de groupe » se félicite Chloé Teran. Un succès qui impactera forcément de manière positive la future insertion sociale et professionnelle de tous ces jeunes.