A 20 ans, Corentin termine son parcours à l’EPIDE. Un parcours long de 22 mois, durant lequel le jeune homme aura découvert qu’il était touché par un handicap psychique. Une découverte qui a changé son avenir professionnel et lui a permis d’avancer dans la vie.
Corentin Badoit, ancien volontaire du centre EPIDE de Lanrodec
« C’est un parcours qui a marqué nos esprits ». Après 22 mois, Corentin vient enfin de terminer son parcours au sein du centre EPIDE de Lanrodec. Un parcours très long pour ce jeune qui a découvert à l’EPIDE son handicap. Un volontaire qui « a réalisé des progrès incroyables » comme le constate Laurence Zellner, directrice du centre EPIDE de Lanrodec.
Ce handicap s’est révélé peu à peu et il a fallu que lui et sa famille l’acceptent. Corentin est en effet arrivé à l’EPIDE « quasi-mutique, incapable de nouer des relations avec quiconque, le regard fuyant. Nous n’avions alors pas imaginé tout ce qu’il allait réaliser aux côtés des agents du centre » détaille Laurence Zellner.
Mais avant d’intégrer l’EPIDE, comme beaucoup de volontaires, Corentin a connu l’échec scolaire et une mauvaise orientation. « J’ai arrêté l’école avec un CAP plomberie. Je n’étais pas fait pour cette orientation, mais c’était le choix le plus facile pour moi. Pendant toute l’année de CAP je me suis rendu compte que cela ne me correspondait pas » explique le jeune homme de 20 ans. Une situation aggravée par les mauvaises relations qu’il entretient alors avec ses camarades. En effet, Corentin est victime de harcèlement scolaire : « J’ai subi beaucoup de moqueries quand j’étais au collège, sur mon physique, ce que j’étais ».
Intégrer l’armée, le rêve impossible de Corentin
Ce qui attire Corentin depuis toujours, c’est l’armée. « J’avais tenté d’intégrer la Marine depuis la fin du collège, en troisième ». Pour y parvenir, il essaie d’effectuer une préparation militaire de la Marine. Il échoue lors d’un examen d’entrée. « Ensuite, j’ai essayé de faire du volontariat et de devenir réserviste dans la Marine ». Corentin échoue encore une fois. « Comme j’enchainais les échecs, j’ai changé d’idée et j’ai essayé d’intégrer l’Armée de terre ». Un nouvel essai, encore une fois sans succès. Face à cette situation, le Cirfa qui l’accompagne l’oriente vers le centre EPIDE le plus proche de son domicile, celui de Lanrodec, en Bretagne.
Corentin intègre finalement le centre à 18 ans le 4 avril 2017. Si le cadre d’inspiration militaire lui plaît, la vie en collectivité est plus difficile. « C’était très dur. Je suis solitaire, renfermé et timide. Je n’avais pas de bonnes relations avec tous les jeunes » se souvient-il. Face à ces difficultés, le centre EPIDE lui accorde une chambre individuelle. Mais l’EPIDE lui ouvre aussi les yeux sur son niveau physique, trop limité pour intégrer l’armée. « J’ai découvert à l’EPIDE que je n’avais pas le niveau pour l’armée. Je n’ai jamais été très sportif, mais je pensais qu’intégrer la Marine serait plus simple ». Face à ce constat, Corentin abandonne son projet et tente de s’orienter vers la Police ou la Gendarmerie. « Rejoindre la Gendarmerie demandait toujours un niveau sportif trop élevé pour moi. La Police nationale c’était aussi trop compliqué » explique Corentin. « J’étais très déçu » avoue-t-il.
La longue détection de son handicap
Au fur et à mesure des mois, et face à ses difficultés, les agents du centre EPIDE notent que Corentin a beaucoup de mal à réaliser de nombreuses démarches. « Je dois être dans un environnement calme et très tranquille pour vivre ma vie. J’ai beaucoup de mal à aller vers les autres. J’ai vraiment beaucoup de stress et de pression ». Une situation qui l’empêche par exemple d’aller à la rencontre de potentiels employeurs.
Corentin réalise tout de même plusieurs stages, dans différents secteurs. « J’ai testé le métier de magasinier au sein du Leader Price de Guingamp ». Mais cet emploi génère trop de stress et de pression au jeune homme. Pour répondre à ces problèmes, le centre EPIDE l’oriente vers un stage en nettoyage dans une entreprise adaptée puis vers des ESAT, des établissements et service d'aide par le travail. C’est finalement au sein de ces ESAT que Corentin se sent à l’aise, grâce deux stages portant sur des missions de conditionnement de produits. « Je m’y sentais serein et je ne risquais pas de recevoir des moqueries. Les personnes qui y travaillaient étaient dans le même état que moi, voire pire. Je ne pouvais rien recevoir de mal de leur part » note, soulagé, le jeune homme.
« L’EPIDE m’a vraiment sauvé. Sans l’EPIDE je ne sais pas du tout où j’en serais aujourd’hui ». Corentin, ancien volontaire du centre EPIDE de Lanrodec.
Un handicap difficile à accepter
Au fil des mois, le handicap de Corentin se précise avant d’être validé médicalement par le centre médico-psychologique de Guingamp. Son handicap, psychique, le bloque dans la communication et la relation à l’autre. Corentin est ainsi incapable d’entreprendre des démarches d’emploi seul.
Face à cette nouvelle, le centre EPIDE entame les démarches nécessaires afin que Corentin obtienne une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Une reconnaissance nécessaire pour travailler en milieu protégé et obtenir un accompagnement social. Le centre EPIDE se charge aussi d’effectuer une demande pour que Corentin obtienne un SAVS, un Service d'accompagnement à la vie sociale.
« C’est une situation que j’ai acceptée aujourd’hui. J’ai accepté la main tendu et l’accompagnement de l’EPIDE ». Toutefois, cette acceptation n’est pas immédiate de la part du jeune homme. « Je ne voulais pas en parler à ma famille au début. Je voulais garder cela pour moi. Je ne voulais pas les décevoir » explique-t-il. Ses parents découvrent toutefois son handicap, dans un courrier faisant suite à la demande de RQTH. Un coup dur pour Corentin : « Je ne voulais pas qu’ils sachent. C’était ma vie, cela ne les regardait pas. » Une nouvelle difficile à intégrer pour eux. « Ils n’ont pas compris au début. Ils se doutaient que j’avais des difficultés, mais pas au point que cela devienne un handicap » regrette Corentin.
Incapable de faire face à ses parents, c’est son conseiller éducation et citoyenneté du centre EPIDE de Lanrodec qui en parle avec eux. « Mes parents étaient complètement dans le déni. Ils ont mis du temps à l’accepter, à en prendre conscience » reproche Corentin. Une situation qui le pousse aujourd’hui à vouloir s’éloigner de sa famille et du bassin rennais où ils vivent. « Je leur en veux toujours de ne pas m’avoir compris. Ils m’ont toujours demandé de travailler plus en me disant que j’étais une sorte de déception pour eux » déplore Corentin.
Un futur professionnel enfin clair
Aujourd’hui arrivé à la fin de son parcours à l’EPIDE, le jeune homme continue de bénéficier d’un accompagnement post-EPIDE pour trouver un emploi. « Je recherche activement des entreprises ESAT dans mon département pour postuler et trouver un emploi. Je dois réussir à me lancer et aller à leur rencontre » note-t-il. « J’aimerais travailler dans le conditionnement. Mais du moment que je travaille en milieu ESAT cela me va » relativise Corentin.
Parallèlement, l’ancien volontaire reçoit également une aide de la MDPH, la Maison Départementale des Personnes Handicapées. Objectif, l’aider à régler ses démarches, trouver un logement ou encore payer ses factures. « J’ai besoin de beaucoup plus de temps et d’aide, malgré l’accompagnement que l’EPIDE m’a fourni sur ces sujets ». « Ce qui est sûr, c’est que sans l’EPIDE, je n’aurais jamais pris conscience d’être en situation de handicap ! L’EPIDE m’a apporté beaucoup de beaux souvenirs. Rejoindre l’EPIDE, c’était un grand pas pour mon avenir et mon futur métier » conclut Corentin.
Des jeunes, acteurs de leur avenir
