Des jeunes, acteurs de leur avenir

Le centre EPIDE de Toulouse tend la main aux jeunes non-francophones

C’est une expérimentation inédite qui se poursuit depuis un an au centre EPIDE de Toulouse. Onze jeunes non francophones (en apprentissage du français langue étrangère FLE ndlr), ont intégré le dispositif en suivant un parcours dédié et adapté. Une expérience couronnée de succès.

Ils s’appellent Samiullah, Mohamad, Dimitar, Soheib, Youcef ou Mohamed. Ils viennent d’Afghanistan, de Syrie, de Bulgarie, d’Algérie, du Soudan, mais aussi d’Italie. Ils vivent en France depuis quelques mois ou plusieurs années, seul ou avec des proches… Ils ont 20 ans ou presque, et sont volontaires au sein du centre EPIDE de Toulouse. Onze jeunes qui ont vécu une expérience unique. Ils ont, en effet, formé le premier groupe de volontaires non-francophones à intégrer le centre EPIDE de Toulouse, avec un parcours dédié et adapté.

Arrivés au centre en février 2018, plusieurs d’entre eux viennent de terminer leur parcours. Ce groupe a ainsi réuni sept nationalités, cinq langues, et onze histoires de vie. Un groupe uni par une même volonté : l’envie de construire sa vie en France, malgré les difficultés avec la langue, les papiers, le froid, ou la solitude.

A l’origine de ce projet, la nécessité de répondre à un véritable besoin constaté sur le terrain : beaucoup de candidats potentiels, souvent résidant dans les QPV (quartiers prioritaires de la politique de la ville, ndlr.), ne présentent pas un niveau de maîtrise de la langue suffisant pour intégrer le dispositif. Des jeunes sans réelle solution pour s’en sortir, puisque l’offre de formation sur la région n’est pas forcément satisfaisante.

Parmi ces jeunes, Mohamed, un jeune Marocain de 21 ans qui a grandi en Italie. « Il y a deux ans, j’ai déménagé en France, à Toulouse, avec ma famille à cause de problèmes économiques. Ici, j’habite dans une cité, alors qu’en Italie, je vivais dans une petite ville. Quand je suis arrivé, j’ai détesté cet environnement. Je me suis senti seul et perdu, je ne savais pas parler français, je n’avais pas d’amis et je ne connaissais pas cette ville. J’ai commencé à trainer avec les jeunes de mon âge, mais je n’étais pas apprécié et je me sentais de trop. Pour mieux m’intégrer, j’ai commencé à dealer et travailler dans le quartier, parce que je n’avais pas d’argent. » Une situation qui pousse le jeune homme à se remettre en cause, puis à chercher une formation avant d’intégrer l’EPIDE.

Un accompagnement renforcé

Pour que ce projet aboutisse, et que chaque jeune sorte du dispositif avec un emploi ou une formation, le centre a dû mettre en place un accompagnement adapté. Au programme, pour ces jeunes, des cours de français intensif. Et pour cause, à leur arrivée, aucun d’entre eux ne maîtrisait suffisamment le français à l’oral et à l’écrit pour espérer un avenir professionnel à la hauteur de leurs espérances. « L’offre de service et les objectifs devant être les mêmes que pour les autres volontaires, nous avons axé notre accompagnement sur du renforcement linguistique essentiellement : les séances de parcours citoyen, d’informatique, de code, etc., étaient quasiment systématiquement coanimées avec moi-même ou une stagiaire en Master FLE » détaille Stéphanie Bracq, formatrice d’enseignement général, elle-même déjà formée FLE.

Pour développer ce projet, le centre EPIDE de Toulouse s’est appuyé sur un partenariat passé avec l’université Jean Jaurès de Toulouse, et plus particulièrement avec le département de Français Langue Etrangère. Ce dernier propose en effet à ses étudiants de rejoindre le centre EPIDE en tant que stagiaire. Deux étudiants ont ainsi pleinement participé à ce projet durant leur stage, l’un en Master 1 pour 100 heures, et le second en Master 2 pour 300 heures.

Ce projet a aussi nécessité une certaine évolution des pratiques professionnelles des agents du centre. Dans le cadre de cet accompagnement, il a ainsi fallu faire preuve d’adaptation et de créativité, pour faire de ce projet un succès. Si quelques agents ont eu un peu d’appréhension face à ces jeunes avec lequel la communication n’était pas évidente, tous ont porté ce projet avec enthousiasme et énergie.

« Il n’y a pas plus ni moins de difficultés qu’avec les autres volontaires. Elles sont juste différentes ! » Stéphanie Bracq, formatrice d’enseignement général.

Un projet couronné de succès

Dix mois après leur arrivée, Abdallah et Samiullah sont en formation de coiffure, Soheib termine son BAFA, Mohamad et Youcef ont obtenu un diplôme Voirie et Réseaux et travaillent en CDI, Mohamed prépare son entrée à la Légion Etrangère et Dimitar une formation de cuisinier. Tous ont passé et réussi les examens linguistiques DELF A2 ou B1. Plusieurs ont obtenu des CACES, le code ou le permis AM. Certains jeunes souhaitent même désormais passer le certificat de formation général (CFG).

Volontaires et impliqués pendant leur parcours, ces onze jeunes ont par ailleurs multiplié les actions, les interventions et les participations citoyennes, écologiques ou sociales. Au final, seulement quatre d’entre eux sont encore au centre EPIDE, dont vont entrer de façon imminente en formation. Des résultats très positifs qui ont validé la poursuite de projet avec l’accueil, fin mars, d’un nouveau groupe FLE.