Un groupe de volontaires du centre EPIDE de Marseille a participé durant plusieurs mois à un projet culturel intitulé Poésie culinaire, aux côtés de l’association Karwan. Objectif, illustrer à travers les mots des souvenirs et impressions liés à la cuisine.
La présentation du mur dans la cantine du centre EPIDE de Marseille
2019, année de la gastronomie dans les Bouches-du-Rhône. Un thème tout trouvé pour impliquer les jeunes du centre EPIDE de Marseille autour d’un projet mêlant cuisine et art. Ce projet, mené pendant plusieurs mois, avec le soutien de l’association Karwan et d’une artiste, Karelle Ménine, vient de clore son premier acte le 20 mars.
Un projet dont l’objectif était de conduire les volontaires à illustrer, à travers des mots, la représentation qu’ils ont des odeurs, des plats, ou des couleurs. C’est avec l’artiste, Karelle Ménine de l’association Karwan, qu’une douzaine de volontaires a ainsi travaillé durant quatre séances. Un réel défi, pour cette auteure, journaliste reporter pour qui les mots sont l’essence de son métier.
Pour y parvenir, il a fallu tout d’abord motiver les volontaires et les faire accrocher au projet. C’est le cas d’Amal, volontaire depuis six mois au sein du centre EPIDE : « Quand on m’a proposé de participer à ce projet, je n’étais pas trop motivé. J’y suis allé sans trop d’envie. Karelle Ménine nous a projeté une vidéo qui m’a beaucoup touchée, et motivée. On y voyait des personnes mises de côté et qui écrivaient des mots sur les murs pour s’exprimer ».
De l’art culinaire à l’art des mots
Accompagnés des formateurs d’enseignement général, les volontaires ont commencé à mener une réflexion autour de la cuisine en partant de souvenirs de recettes qui peuvent, pour beaucoup, rappeler des moments importants de la vie. Une façon de s’exprimer très différente comme le souligne Zeh, volontaire qui avait déjà un intérêt pour l’art : « Aujourd’hui, j’ai appris à m’exprimer autrement. La vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat, des sensations (re)découvertes pour moi ».
Pour développer cette expression des sens, Karelle Ménine s’est aussi appuyée sur une visite du marché aux épices de Marseille. Pourtant emblématique de la ville, ce marché était inconnu de nombreux volontaires. Sur place, couleurs et senteurs ont fait émerger souvenirs et émotions. Ce sont ces associations d’idées que les jeunes ont inscrites sur les murs de la cantine avant d’en proposer une lecture à tous.
La cantine, premier acte de ce projet
La cantine, métamorphosée pour l’occasion, a vu plusieurs de ses murs recouverts d’éléments de recettes enrichis d’anecdotes, de souvenirs, de découvertes et de divagations littéraires. Un projet par ailleurs évolutif, puisque de nouvelles recettes d’automne et de printemps viendront s’inscrire sur d’autres murs de la cantine entre chaque saison.
« L’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes dans les rues où j’allais faire des courses » Extrait de la poésie écrite par les volontaires.
Pour prolonger le plaisir des sens, à l’occasion de la présentation de leur œuvre murale, les participants au projet ont également préparé un repas dans la cuisine pédagogique, qu’ils ont partagé avec l’ensemble des volontaires du centre.
Un chemin entre l’EPIDE et La Cité des Arts de la Rue
Mais pour que ce projet voie le jour, il aura fallu une rencontre inopinée entre la directrice du centre EPIDE de Marseille et celle de l’association Karwan, lors d’une réunion sur l’Egalité des chances. Toutes deux prennent alors conscience que seul un pont sépare les deux structures implantées dans le quartier Nord de Marseille.
De cette rencontre est née une passerelle entre projet culturel et projet d’insertion sociale pour les jeunes. L’association Karwan travaille en effet autour de la thématique « La ville à livre ouvert », qui met en scène l’espace urbain à travers l’inscription de récits et d’illustrations sur les murs, trottoirs et façades.
Le projet mis en place avec l’EPIDE permettra, à termes, de relier à l’aide d’un récit graphique les deux structures. Pour Catherine Caoudal, directrice du centre EPIDE de Marseille « le parcours des volontaires au sein de l’EPIDE est soumis à un emploi du temps très rigoureux pour mener à bien leur projet professionnel. J’ai vu une opportunité d’installer un projet artistique et culturel qui perdura dans le temps et leur permettra de développer d’autres moyens d’expression tout en respectant leur lieu de vie. »
Un ambitieux projet dans et hors des murs de l’EPIDE
Cette rencontre singulière, entre le centre EPIDE de Marseille et l’association Karwan, ne s’arrêtera donc pas à l’enceinte du centre et verra d’autres actes illustrer ce projet. Ainsi, l’infirmerie de l’EPIDE sera le second lieu investi par les artistes en herbes. Le projet se poursuivra ensuite à l’extérieur avec un récit mural le long de l’impasse de l’Oasis, puis sur les murs de l’avenue des Aygalades qui relie l’EPIDE et La Cité des Arts de la Rue. En 2022, le chemin entre le centre EPIDE et l’association Karwan sera alors tracé.
Des jeunes, acteurs de leur avenir
