Ancien volontaire du centre EPIDE de Marseille, Dimitri est un rescapé. Abandonné à la naissance, il grandit pendant sept longues années dans un orphelinat, en Bulgarie, où la maltraitance est quotidienne. Adopté par des Français, il rejoint l’EPIDE à 20 ans, avant de décoller professionnellement en Slovaquie, comme professeur de danse et dans une émission de télévision.
Dimitri, ancien volontaire du centre EPIDE de Marseille.
Une histoire douloureuse. C’est dans ces termes que pourraient être décrites les premières années de vie de Dimitri, un ancien volontaire du centre EPIDE de Marseille.
Dimitri n’est pas né en France, mais en Bulgarie. Abandonné par sa famille dès sa naissance, il vit, ou plutôt survit, pendant sept longues années dans un orphelinat bulgare. « Les conditions de vie étaient horribles. Nous n’avions jamais de vêtements, nous ne pouvions jamais nous laver, il n’y avait pas de chauffage. Tout était dégradé. C’était une vraie prison » se remémore Dimitri. « J’ai vu des enfants mourir là-bas » se souvient amèrement le jeune homme de 24 ans, lui-même battu dans cet orphelinat et victime de sévices.
Sa vie prend pourtant un tout autre tournant, lorsqu’à sept ans il est adopté par une famille française qui lui offre un nouveau départ et une échappatoire. En seulement huit mois, il apprend le français et est capable de le lire et de l’écrire.
Installé dans le Sud de la France, Dimitri suit une scolarité classique, jusqu’au lycée professionnel. « Je faisais des études pour devenir assistant architecte dans un lycée. J’y ai échoué, car je n’étais pas assez bon en maths. Je n’avais pas du tout le niveau » regrette-t-il. Une amie lui parle alors de l’EPIDE. En moins d’une semaine, il intègre le dispositif, en 2015. « Le cadre d’inspiration militaire m’a beaucoup attiré. C’était un retour à zéro, un nouveau départ » explique-t-il.
L’occasion aussi, pour le jeune homme, de changer de projet professionnel. « Je voulais essayer de devenir informaticien. Je me trouvais à l’aise dans l’informatique ». Dimitri trouve un stage dans un collège, aux côtés d’un informaticien. « Ça m’a beaucoup plu. Mais j’ai raté le test pour entrer dans une formation ». Dimitri rebondit et s’intéresse à l’armée. « J’ai passé les tests, mais cela n’a pas été concluant ».
L’animation, une voie professionnelle qui l’attire immédiatement
La solution vient finalement d’un atelier proposée par un agent du centre EPIDE. Un atelier particulier, puisqu’il s’agit de jardinage et qu’il est destiné à des enfants de maternelle. Une vraie révélation pour Dimitri. « J’ai découvert que j’avais un très bon feeling avec les enfants. Du coup, j’ai décidé de passer une formation d’animation. Pour y arriver, j’ai effectué un stage d’un mois dans un centre social à Marseille avec des enfants de 3 à 7 ans. » Un stage concluant puisque sa tutrice lui propose même un contrat pendant les vacances de Noël. Dimitri réussi dans la foulée les tests pour intégrer une formation d’animation loisirs tout public.
« L’EPIDE m’a aidé à devenir autonome. J’ai su chercher tout seul un emploi ». Dimitri, ancien volontaire du centre EPIDE de Marseille.
Dimitri obtient à l’issue de cette formation son brevet d’aptitude professionnelle assistant animateur technicien. « Ce diplôme me permet aujourd’hui de travailler n’importe où, dans n’importe quelle structure avec tous les publics » explique-t-il fièrement. Malheureusement, sa recherche d’emploi est par la suite infructueuse. « J’ai cherché pendant trois mois un emploi après ma formation. J’ai envoyé des dizaines de candidatures. Les employeurs me demandaient tous au minimum deux ans d’expérience ! Un employeur m’a expliqué qu’il ne voulait pas avoir à former des animateurs débutants quand je lui ai demandé pourquoi il refusait ma candidature » regrette Dimitri.
Le service volontaire européen
Dimitri, qui ne souhaite pas rester à ne rien faire, entend parler du Service Volontaire Européen. Le jeune homme n’hésite pas, et dépose un projet pour un pays de l’Est, la Slovaquie. Son projet, travailler dans une association humanitaire à destination des enfants. Sa candidature est immédiatement acceptée et Dimitri quitte la France très rapidement. Il ne sait pas, à l’époque, qu’il ne remettra plus les pieds en France.
Il passe ainsi, dans un premier temps, onze mois à Nitra dans l’Ouest du pays, de février à décembre 2018, où il effectue différentes missions. « Pour commencer, j’ai travaillé auprès d’orphelins, qui se rendaient au sein de cette association. Je leur proposais des ateliers sportifs ou des ateliers de création manuelle » détaille-t-il. Une mission difficile, puisque celle-ci lui rappelle sa propre enfance. Dimitri s’essaie ensuite à une autre mission, comme professeur de danse dans une école pédagogique auprès d’une douzaine d’enfants avec des difficultés scolaires, orphelins ou atteint d’un handicap léger.
Faire de sa passion, son métier
Cette nouvelle expérience est une véritable révélation pour Dimitri qui saisit une opportunité pour faire de sa passion, la danse, son métier. « Ma passion pour la danse est née quand j’étais au lycée. J’avais 17 ans. J’ai appris par moi-même en regardant des vidéos. Je n’ai jamais pris de cours » explique l’ancien volontaire qui pratique le break dance et le hip-hop. Dimitri devient ainsi, fin 2018, professeur de danse dans une école de Bratislava, la capitale de la Slovaquie.
Si Dimitri doit affronter plusieurs problèmes dans son intégration, le principal est celui de la barrière de la langue. Pour se faire comprendre de ses élèves, Dimitri décide d’apprendre, en quelques mois le slovaque, en s’aidant des quelques connaissances qu’ils lui restaient de sa langue maternelle, le bulgare, très proche. « Aujourd’hui, je parle couramment le français, l’anglais, le bulgare ma langue maternelle, et le slovaque » explique ainsi le polyglotte.
Mais son ascension professionnelle ne s’arrête pas ici puisque, courant avril, Dimitri a participé à l’émission « incroyable talent » en Slovaquie. L’occasion de présenter, devant son nouveau pays d’adoption, ses talents de danseur.
Ce projet artistique n’est, pourtant, sûrement pas le dernier, ni le plus important pour Dimitri. Désormais propriétaire et gagnant très bien sa vie, le jeune homme souhaite adopter un enfant. « Je l’ai rencontré dans un orphelinat à Nitra. Lui aussi a subi des maltraitances » regrette le jeune homme, qui souhaite désormais offrir, à ce petit garçon, la même chance que lui a eu, il y a près de 17 ans.
Des jeunes, acteurs de leur avenir
