Des jeunes, acteurs de leur avenir

Deux volontaires de Velet sur le plateau de Quotidien

Début février, deux volontaires du centre EPIDE de Velet ont été invitées sur le plateau de l’émission Quotidien suite au grand débat mené par Emmanuel Macron et à sa visite du centre EPIDE. Deux jeunes qui n’ont pas hésité à interpeller le président de la République. Portraits.

C’est un formidable coup de projecteur sur l’EPIDE. Jeudi 7 février, le président de la République, Emmanuel Macron a visité le centre EPIDE de Velet et échangé avec les volontaires avant de rencontrer 1000 jeunes dans le cadre du grand débat national. Un échange de plusieurs heures pendant lesquelles se sont démarquées deux jeunes du centre EPIDE, Estelle et Kadidia, de respectivement 23 et 18 ans.

Des passages très remarqués par les médias et repris dans de nombreux articles et reportages. Deux volontaires par ailleurs invitées à témoigner sur le plateau de Quotidien le 8 février, durant l’émission de Yann Barthes, diffusée sur TMC.

Si ces jeunes deux jeunes femmes ont tant attiré l’attention, c’est qu’elles ont osé interpeller le président de la République afin de dénoncer des situations de discrimination ou d’injustice qu’elles ont vécu. Ces deux sujets : le harcèlement scolaire, et l’autisme.

« Je me suis renfermée à cause du harcèlement scolaire »

A 18 ans, Kadidia est ainsi originaire du Val-de-Marne. A seulement 15 ans, en troisième, elle arrête l’école. « Je suis restée un an à ne rien faire » témoigne la jeune femme. Une longue période pour Kadidia, qui s’enferme à cause du harcèlement scolaire dont elle a été victime au collège. « J’ai subi un harcèlement moral et physique. Je n’ai pas porté plainte, car j’avais peur de représailles extérieures. Quand ma mère a voulu m’aider elle s’est fait agresser par des jeunes du quartier » regrette-t-elle.

Une période douloureuse dont elle ressort avec une véritable phobie scolaire. « Ma mère m’a toujours soutenue. Elle m’a poussée à ressortir. Elle m’a dit que je ne devais pas gâcher ma vie à cause du harcèlement que j’avais vécu. J’ai décidé d’avancer. » La jeune femme débute ainsi un service civique, pendant huit mois, avant, quelques mois plus tard, de découvrir l’EPIDE et d’intégrer le dispositif en octobre 2018.

« Quand j’ai rejoint l’EPIDE, je savais que je pourrais obtenir une formation ou un travail, et que les agents allaient m’aider à prendre confiance en moi. J’espérais surtout que je n’allais pas me sentir comme à l’école, que cela serait différent » explique Kadidia. La jeune femme décide de tester le dispositif, et elle n’est pas déçue.

« Quand je suis arrivée, j’étais très renfermée. En une semaine, j’ai évolué. » Kadidia, volontaire au centre EPIDE de Velet.

Prise de confiance en soi

« Dès la première semaine, j’ai commencé à m’attacher aux autres volontaires et aux cadres. J’avais, par exemple, peur que l’on me juge sur mon faible niveau sportif. Mais les agents sont très patients, ils m’ont mise en confiance. L’EPIDE, c’est vraiment différent de tout ce que j’ai connu dans mes années scolaires. On est vraiment proche ici. » Une ambiance qui permet même à la jeune fille d’améliorer son niveau sportif et de perdre 10 kilos. « J’ai vraiment une meilleure hygiène de vie maintenant. Je ne me couche plus tard. Je ne peux plus rester chez moi cloîtrée dans le noir comme pendant toute année où je n’ai rien fait. »

Un accompagnement qui l’aide, aussi, sur une autre de ses difficultés : « Je suis dyslexique miroir. L‘EPIDE m’a aidée à faire plus d’efforts sur ma dyslexie. Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus confiance en moi. » Une évolution qui lui permet même de passer son CFG, et de l’obtenir. Une prise de confiance en soi décisive lors de l’intervention du président de la République : « Si je n’étais pas rentrée à l’EPIDE, je n’aurais jamais osé prendre la parole. Cela aurait été impossible. C’était à peine si j’osais parler quand il y avait du monde chez moi, alors au Président devant 1000 personnes… ».

« Je veux commencer ma vie d’adulte » Kadidia, volontaire au centre EPIDE de Velet.

Prochaine étape pour la jeune femme, valider l’un de ses projets professionnels, la photographie ou le tourisme par un second stage. « J’ai déjà fait un stage chez une photographe. Je travaille mon anglais et le coréen de mon côté pour mon projet tourisme. »

« Depuis que j’ai découvert l’autisme, je veux en parler »

Seconde volontaire à prendre la parole devant Emmanuel Macron, Estelle est, quant à elle, un peu plus âgée, 23 ans. La jeune femme s’est fait remarquer pendant le grand débat, prenant la parole sur la question de l’autisme en France. « Depuis que j’ai découvert l’autisme, je veux en parler » commence tout de suite la jeune femme, pleine d’énergie. « Désolée, j’ai un peu de mal à canaliser mes émotions » prévient-elle d’emblée. « J’ai des difficultés pour organiser ma pensée aussi ». Un des symptômes de l’autisme, précise-t-elle.

Un trouble qu’elle découvre en 2017. « Une amie d’enfance s’est fait diagnostiquer autiste Asperger. C’est elle qui m’a ouvert les yeux sur ma différence ». Un syndrome qui se caractérise par un développement normal de l’intelligence et du langage chez l’enfant, qui présente toutefois une déficience dans les interactions sociales et la communication. Une situation dans laquelle se retrouve complètement Estelle. « Maintenant que j’ai engagé une démarche de diagnostic, je me sens complètement libérée » précise la jeune femme.

Une situation particulière qui impacte son cursus scolaire. Après deux secondes générales, Estelle arrête ainsi l’école. « Je sortais d’une dépression. Je voulais prendre un nouveau départ » détaille-t-elle. Elle s’inscrit alors à la mission locale de Dijon. « J’avais beaucoup de mal à m’ouvrir ». Pendant 10 mois, elle effectue ensuite un service civique. « Cette expérience a été très importante. Je me suis beaucoup ouverte au monde et j’ai compris que je pouvais servir à quelque chose » se souvient-elle. « J’ai pu être moi-même ».

Après son service civique, Estelle réalise un stage dans un institut médico-éducatif (IME), auprès d’enfants touchés par un handicap. Une expérience qui la marque profondément. « Avant, je ne savais pas ce que je voulais faire comme métier. A la suite de cette expérience, j’ai développé mon projet de monitrice éducatrice ». Un projet qu’elle affine pendant trois semaines, en stage, avec des personnes âgées dans un EPHAD.

Besoin d’un cadre

Mais pour progresser, elle a besoin avant tout d’un cadre. « J’arrive à avancer, à travailler en autonomie que si je suis entourée, dirigée » explique-t-elle. L’EPIDE vient finalement répondre à ce problème, après une pause d’un an dans son projet, par manque d’encadrement. Estelle intègre ainsi le dispositif en juin 2018. « J’avais plein de projets en entrant à l’EPIDE. Cuisinière, armée, animatrice. J’ai même commencé mon BAFA avec l’EPIDE. »

« A l’EPIDE les agents sont très tolérants. L’EPIDE me laisse être comme je suis. » Estelle, volontaire au centre EPIDE de Velet.

Accompagnée par l’EPIDE, Estelle se recentre finalement sur son projet initial. « L’EPIDE m’a beaucoup aidée, encadrée. Le sport intensif m’a fait beaucoup de bien ; j’ai pu libérer toutes mes émotions » détaille la jeune femme. Remotivée pour mener à bien son projet, Estelle réalise un stage de deux semaines auprès d’une association, comme animatrice en séjour de vacances auprès d’adultes en situation de handicap. Une expérience décisive qui confirme son souhait. « Je viens de m’inscrire au concours de moniteur éducateur de Bergerac » confie-t-elle, très fière. Un concours qu’elle doit désormais passer ce 9 mars.