Des jeunes, acteurs de leur avenir

Au Maroc, un chantier éducatif pour travailler la tolérance et la confiance en soi

Pendant 15 jours, dix volontaires du centre EPIDE de Val-de-Reuil ont participé à un chantier de rénovation au Maroc, porté par Latifa Ibn Ziaten et l’association Imad. Objectif, développer la confiance en soi de ces jeunes tout en travaillant sur le vivre ensemble et la tolérance.

Travailler sur la tolérance et le vivre ensemble. C’est l’objectif du chantier auquel ont participé dix jeunes du centre EPIDE de Val-de-Reuil du 21 avril au 6 mai, dans l’Est du Maroc, à Figuig. Un projet porté par Latifa Ibn Ziaten et l’association Imad, et auquel participaient également dix jeunes inscrits à l’Ecole de la Deuxième Chance de Sarcelles.

En 2012, quelques semaines après l’assassinat de son fils Imad, victime des attentats terroristes perpétrés par Mohamed Merah, Latifa Ibn Ziaten fonde l’association Imad pour la Jeunesse et la Paix. Son objectif, engager le dialogue avec les jeunes en échec scolaire ou exclus afin d’aider chacun d’entre eux à trouver sa place dans la société. « Imad a laissé un vide, il faut que je le remplisse en aidant les autres », explique-t-elle.

C’est dans ce cadre que Latifa Ibn Ziaten a lancé son projet de voyage à Figuig, où une ancienne synagogue rappelle la période où une population juive sépharade y vivait. Ce chantier permettra de créer un centre culturel et un musée revenant sur cette époque.

Pour choisir les jeunes qui participent au projet, Latifa Ibn Ziaten réalise avec chacun d’entre eux des entretiens individuels. « Certains jeunes me disaient qu’ils n’avaient pas confiance en eux, d’autres qu’ils voulaient aider, ou qu’ils voulaient voir quelque chose d’autre. Ce sont des jeunes un peu perdus qui voulaient éclaircir leur route. » Les jeunes sélectionnés, la porteuse du projet s’est envolée avec eux fin avril, pour Figuig pendant les vacances de Pâques.

Un « chantier éducatif »…

Tous les matins se poursuit, pendant ces quinze jours, la rénovation du bâtiment. « Ce chantier, c’est un bijou. Les jeunes ont beaucoup travaillé. C’était très fort de les voir ainsi. Ils avaient envie de donner, d’aider. Ils voulaient toujours travailler plus et avaient une vraie volonté » remarque Latifa Ibn Ziaten. Œuvrer à la rénovation d’une synagogue est un symbole très fort pour l’association, pour l’ouverture des jeunes aux autres cultures et confessions. « On peut travailler sur le vivre ensemble et le respect de la religion de l’autre. C’est aussi une preuve que des jeunes peuvent rénover un lieu de culte, peu importe la religion qui y est pratiquée » détaille-t-elle.

Si chacune de ces matinées est dédiée à ce chantier, les après-midis du séjour sont avant tout des moments de découverte et d’échange. « Au travers de visites et de rencontres, les jeunes se sont ouvert à une autre culture, d’autres traditions, d’autres religions, et expérimenter le vivre ensemble. » Les participants assistent ainsi à des tables rondes, diverses visites, rencontrent des personnes touchées par un handicap, des jeunes artistes, etc. « Les jeunes ont visité une orangeraie et cueilli eux-mêmes des oranges sur les plantations. Pour beaucoup d’entre eux, c’était la première fois qu’ils entraient dans une ferme » remarque Latifa Ibn Ziaten.

… pour prendre confiance en soi

Si l’apprentissage de la diversité et de la fraternité était l’un des objectifs du séjour, la prise de confiance en soi était aussi centrale. « Beaucoup de ces jeunes cachent des souffrances en eux. Ils échouent dans leurs études, manquent de la présence de leurs parents, ont des blessures personnelles, etc. Ils ont un vrai déficit de confiance en eux » constate-t-elle.

« J’espère que les jeunes qui ont participé vont grandir, laisser de côté leurs problèmes et avancer. Je leur ai dit de regarder devant et de ne pas se retourner » Latifa Ibn Ziaten

L’objectif de ce chantier était donc, aussi, que ces jeunes développent cette confiance en eux. « Ils ont vu ce qu’ils pouvaient donner, ce qu’ils avaient en eux » note-t-elle avant de poursuivre « Ils sont maintenant conscients qu’ils peuvent aider, partager et grandir, mais aussi faire confiance aux adultes qui leur tendent la main. Vivre cette expérience avec eux était important ».

Ce chantier a ainsi porté ses fruits. « Ces jeunes ont gagné en confiance et en sérénité, ils avaient le sourire. C’était un changement total pour certains » se félicite Latifa Ibn Ziaten. « Il y avait une grande écoute, tout au long du séjour. C’était très fort. Ils m’ont aussi expliqué qu’ils ont appris beaucoup de choses. » Prochaine étape du projet, l’inauguration du bâtiment rénové en octobre prochain.