Comment apporter un accompagnement supplémentaire aux jeunes souffrant d’illettrisme ? Pour répondre à cette problématique, le centre EPIDE de Strasbourg travail depuis trois ans avec une association spécialisée, Savoirs pour réussir.
Kevin (au fond à droite), pendant un atelier mené par l'association Savoirs pour réussir.
Depuis 2016, par le biais d’une convention partenariale avec l’association de référence en Alsace, Savoirs pour réussir, le centre EPIDE de Strasbourg bénéficie d’un accompagnement hebdomadaire pour les volontaires en situation d’illettrisme.
Cette association joue ainsi un rôle important pour les jeunes en situation d’illettrisme au sein du centre de Strasbourg. En adéquation avec les objectifs de l’établissement, quatre tutrices de cette association dispensent des séances individuelles du mardi au vendredi sous forme d’ateliers aux volontaires sur des besoins identifiés. Des séances qui permettent, aussi, d’apporter aux jeunes une plus-value dans leur développement personnel.
Objectif : l’insertion sociale et professionnelle
Les volontaires peuvent ainsi, à travers ce parcours éducatif complémentaire, appréhender différentes thématiques telles que la rédaction d’une lettre de motivation, la préparation orale et écrite sur des concours et tests d’entrée, mais également développer leur savoir de base pour le CFG (certificat de formation générale).
En complément de ce temps de face à face à l’EPIDE, les jeunes sont accueillis dans les locaux de l’association sur des ateliers de lecture, d’écriture, de calcul mental, d’introduction au code de la route et d’introduction à l’orthographe-grammaire.
Créée par la fondation Caisse d’Epargne, dans le cadre d’un partenariat avec l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme (ANLCI), l’association « Savoirs pour réussir » a pour ambition d’aider des adultes et des jeunes à partir de 16 ans. Celle-ci accompagne les jeunes pour leur donner ou leur redonner le goût d’apprendre et d’acquérir des compétences de base. Objectif, permettre à ces jeunes de reprendre confiance en eux, avec à termes, une entrée en formation ou une insertion professionnelle.
« Etre illettré, c’est être en difficulté tant dans les actes de la vie courante et par conséquent manquer d’autonomie » Noëlle Gillig, formatrice d’enseignement général au centre EPIDE de Strasbourg.
Un partenaire aux méthodes de travail et aux objectifs proches de ceux de l’EPIDE comme l’explique Noëlle Gillig, formatrice d’enseignement général au centre EPIDE de Strasbourg : « L’autonomie et l’insertion professionnelle y sont des axes de travail phares, tout comme dans notre centre ». L’association s’appuie également sur des approches pédagogiques pertinentes pour aider les jeunes illettrés. « Pour les cours de code de la route les tutrices s’appuient par exemple sur l’image et la mémorisation des panneaux » note Noëlle Gillig.
Les tutrices accompagnent ainsi les jeunes de manière collective, mais également individuelle selon leurs difficultés et leurs besoins. « Les volontaires adhèrent à ce temps individuel de travail qui les met en confiance. Ils partagent plus facilement leurs difficultés, ce qui n’est pas toujours évident à faire dans un groupe » constate la formatrice d’enseignement général. Un accompagnement qui se fait depuis 2016 sur de nombreux ateliers différents : français langue d’intégration, illettrisme maths, illettrisme français, lecture de consignes, atelier d'écriture créative, post alphabétisation, préparation au CFG et préparation professionnelle (Cadet de la République, Gendarme Adjoint Militaire) ou encore remise à niveau renforcée.
L’illettrisme, un frein à l’insertion sociale et professionnelle
Depuis 2016, l’association Savoirs pour réussir a ainsi accompagné plus d’une centaine de volontaires du centre EPIDE de Strasbourg. A chaque nouvelle promotion, « entre trois et cinq jeunes sont touchés par l’illettrisme » précise Noëlle Gillig.
Une situation d’illettrisme qui devient un véritable frein pour leur future insertion sociale et professionnelle. « Le rapport à la lecture, l'écriture et le calcul est nécessaire dans tous les corps de métiers » explique la formatrice. « Au travail, nous devons écrire, lire, calculer ou compter. Par exemple, écrire un mail, lire une annonce, prendre note d’un RDV, compter ses heures de travail, lire un contrat ou un planning, etc. ». Des tâches courantes qui deviennent impossible pour ces jeunes, sans un accompagnement adapté.
Des jeunes qui préfèrent, bien souvent, face à la peur du regard des autres, « se cacher ou faire semblant. Etre illettré procure un sentiment de honte » regrette Noëlle Gillig. Une situation qui entraîne de fait une perte de confiance en soi.
A l’heure du tout numérique, l’illettrisme fait désormais place à l'illectronisme. En effet, l’ensemble des démarches professionnelles, mais aussi personnelles, se font désormais en ligne ou sur un ordinateur : réaliser un CV ou une lettre de motivation, prendre un rendez-vous, déclarer ses impôts, etc. Une situation qui touche également les jeunes du centre EPIDE de Strasbourg.
Parmi ceux-ci, Kévin, volontaire depuis janvier 2019 : « J’avais des difficultés dans ma recherche d’emploi. Trouver une adresse sur l’ordinateur, écrire un mail ou un CV, c’était très compliqué » explique le jeune homme. Des difficultés rencontrées à cause de sa dyslexie et qu’il a su dépasser grâce à l’accompagnement de l’EPIDE et de l’association : « J’arrive à mieux lire, à mieux réfléchir et me concentrer désormais » conclut Kévin qui se tourne désormais vers une insertion professionnelle dans le secteur de l’aide à la personne.
Des jeunes, acteurs de leur avenir
